Hausse de la mortalité infantile : un rapport pointe de graves inégalités, surtout en Outre-mer
Un rapport de l'IGAS (Inspection Générale des Affaires Sociales) alerte sur la hausse de la mortalité infantile en France depuis 15 ans. Le document pointe une situation particulièrement alarmante en Outre-mer, où le taux est deux fois supérieur à celui de l'Hexagone.
Par La rédaction PÉYI · 07/08/2026

Le ministère de la Santé a rendu public un rapport sur la mortalité infantile en France, remis au gouvernement en janvier 2026, à la suite des révélations du Canard Enchaîné. Ce rapport confirme une augmentation continue et grave de la mortalité infantile en France ces 15 dernières années, ainsi que de profondes inégalités territoriales.
Huit décès pour 1000 naissances en Outre-mer
En Outre-mer, le constat est particulièrement critique : l'Inspection générale des affaires sociales (IGAS) y observe un taux de mortalité infantile deux fois plus élevé que dans l'Hexagone.
Entre 2004 et 2022, ce taux s’élevait à 8 décès pour 1000 naissances dans les départements et régions d’outre-mer, contre 4,1 dans l’Hexagone.
Dans le détail, ce sont surtout Mayotte, la Guyane et la Martinique qui tirent les chiffres vers le haut avec respectivement 10,1, 9,8 et 9,2 bébés de moins de un an décédés pour 1000 naissances, tandis que La Réunion enregistre un taux de 7 pour 1000.
De son côté, La Guadeloupe reste plus proche des chiffres hexagonaux avec 4,3 décès pour 1000.
Des facteurs de risques cumulés
Selon ce rapport, ces données s’expliquent en partie par le poids des inégalités sociales et territoriales, notamment dans l’accès aux soins avant, pendant et après l’accouchement.
Sur le plan médical, la prévalence du diabète ou de l'obésité chez les femmes enceintes a un impact direct sur l'enfant, tout comme les risques liés aux arboviroses (dengue, zika) transmissibles au fœtus mais aussi la consommation d’alcool, de tabac et de drogues.
Pour les nouveau-nés, des cas plus nombreux de drépanocytose sont également recensés.
L'IGAS met aussi en avant des caractéristiques sociales, démographiques, culturelles et humaines qui entraînent des parcours de soins erratiques : difficultés à se rendre aux rendez-vous médicaux, couverture sociale déficiente et démarches d'inscription administrative complexes.
Ces obstacles éloignent les femmes enceintes du suivi médical et des messages de prévention. En revanche, les diverses fermetures de petites maternités observées depuis les années 1970 n’auraient pas eu d’incidence notable sur l’évolution de cette mortalité, au contraire.
L'urgence d'un maillage médical
Pour réduire concrètement ces chiffres, l'IGAS préconise qu'il faut davantage prévenir, détecter et prendre en charge les situations à risque. La recommandation est d'agir en amont et en aval : au cours de la grossesse d'une part, puis après l'accouchement d'autre part pour accueillir les jeunes enfants dont l'état le requiert dans les services de néonatalogie.
Le rapport pointe enfin le manque d'infrastructures et de professionnels de santé, souvent mal répartis sur le territoire, ainsi que l'insuffisance de données disponibles.
En Guyane, ces difficultés sont particulièrement marquées dans l’ouest et les communes de l’intérieur. Sophie Berthiot, présidente de l’URPS sages-femmes Guyane, constate une dégradation de l’offre de soins.
« Actuellement, il y a six sages-femmes entre Saint-Laurent et Mana pour un nombre d'accouchements qui est à peu près le même que sur l'île de Cayenne. Et alors que sur l'île de Cayenne, on est à peu près une trentaine.»
Des suivis de grossesse parfois trop tardifs
Selon la professionnelle, certaines patientes rencontrent des difficultés pour se déplacer ou intégrer le parcours de soins, ce qui peut entraîner des suivis de grossesse pathologique tardifs.
« On constate de plus en plus de rendez-vous qui sont non honorés, des patientes qui se présentent pour démarrer leur suivi de grossesse de façon tardive pour des raisons qui ne sont pas forcément de leur fait : éloignement, manque de transport, compréhension difficile de l'intérêt du suivi »
La situation est encore plus complexe dans les communes isolées, où l’accès aux professionnels de santé reste limité. La sage-femme évoque également le nomadisme médical, les différences culturelles et le manque d’information sur le suivi prénatal et postnatal.
Prévention et accompagnement
Pour Sophie Berthiot, la prévention constitue l’un des leviers essentiels pour améliorer la santé des mères et des nouveau-nés. Elle cite notamment les entretiens prénataux et le projet « Nutri Pou Ti Moun », destiné à sensibiliser les futures mères à l’alimentation saine.
« Les sages-femmes libérales en Guyane ont un rôle important à jouer dans la prévention lors des entretiens bilan prénatal. »
Le dispositif, porté avec plusieurs partenaires dont les services sociaux, le réseau de périnatalité et le CHU, doit progressivement être déployé à l’échelle du territoire.
Face à cette situation, la mission propose de concevoir un plan d’action spécifique dans chacun des cinq DROM. Co-piloté par l’État, les ARS et les collectivités territoriales, il vise à lutter de façon claire et structurée contre les principaux facteurs à l’origine de cette surmortalité infantile.





