Un musée des peuples autochtones en Guyane : un projet en gestation
Cette semaine, élus, techniciens et scientifiques guyanais ont visité le Musée Kuahi, un établissement flambant neuf dédié aux peuples autochtones du Brésil. Cette mission s’inscrit dans une démarche de coopération transfrontalière avec le voisin d’outre-Oyapock, afin de comprendre les méthodes et les bonnes pratiques.
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« Tout cela, ce ne sont que les prémices », souligne Jocelyn Thérèse, conseiller territorial en charge des relations avec les peuples autochtones :
« Il faudra ensuite faire travailler ensemble les différentes communautés, les chefs coutumiers et les intervenants. Nous avons proposé une méthodologie avec une campagne de médiation auprès des chefferies et la création d’un groupe de travail réunissant des experts Wayana, Teko, Palikur, Lokono et Kali’na. »
La délégation s’était déjà rendue fin 2025 à São Paulo pour visiter deux musées similaires. L’étape d’Oiapoque permet désormais d’affiner la réflexion.
S’inspirer sans copier
Pour les responsables culturels, il ne s’agit pas de reproduire un modèle brésilien, mais de construire un projet adapté à la Guyane, explique Anne-Marie Chambrier, chargée de mission à la CTG :
« Ces musées nous inspirent. Ils nous font rêver et nous souhaitons, à long terme, voir naître un musée des peuples autochtones en Guyane. Au Brésil, beaucoup de musées sont dirigés par des autochtones eux-mêmes. Cela leur permet de se réapproprier leur culture et de la transmettre aux visiteurs. »
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Même vision pour Kassia Lod, directrice du musée Kuahi :
« Cela rend le musée plus vivant. Quand le guide est Amérindien, il parle de ses traditions, de ses souvenirs et de son histoire. L’exposition devient alors une véritable rencontre. »
Vers un lieu dédié en Guyane
Aujourd’hui, l’histoire autochtone est déjà présente dans certains établissements, comme le Musée des cultures guyanaises. Mais les porteurs du projet jugent ces espaces insuffisants. « Dans les musées existants, l’histoire des peuples autochtones reste limitée. Nous voulons un lieu entièrement dédié aux langues, aux cultures et aux civilisations autochtones de Guyane », souligne Anne-Marie Chambrier.
La prochaine étape sera technique : la rédaction d’une note d’intention, première pierre vers un projet structuré.
Un enjeu de reconnaissance et de patrimoine
Au-delà de l’aspect culturel, les élus voient dans ce projet un enjeu de reconnaissance et de mémoire. « Ce serait une institutionnalisation de l’histoire et des civilisations autochtones », affirme Jocelyn Thérèse. Beaucoup de découvertes archéologiques sont conservées à l’extérieur, notamment au musée du Quai Branly, mais aussi à Berlin ou aux Pays-Bas. La Guyane doit se réapproprier ce patrimoine pour les générations futures. », conclut-il.