Auditionné dans le cadre d’une enquête pour “favoritisme présumé”, Rodolphe Alexandre dément toute procédure judiciaire en cours
L’enquête révélée par le journal Le Monde concernerait l’attribution de la délégation de service public (DSP) pour les liaisons aériennes intérieures par la Collectivité territoriale de Guyane (CTG). Trois sociétés avaient alors candidaté. Selon Le Monde, la DSP représentait environ 10 millions d’euros de subventions publiques par an, dont 8,5 millions financés par la CTG. La DSP avait finalement été attribuée à l'ancienne compagnie locale Air Guyane, filiale du groupe antillais Compagnie aérienne interrégionale express (Caire).
Une enquête du Parquet national financier (PNF)
Plusieurs mois après le lancement de cette délégation de service public, le Parquet national financier a ouvert une enquête à la suite d’un signalement anonyme reçu en 2021, indique Le Monde.
Selon les éléments cités par le quotidien, les investigations portent notamment sur la procédure d’attribution du marché et sur d’éventuelles irrégularités dans l’analyse des offres. Plusieurs personnes, dont Rodolphe Alexandre, un ancien cadre de la CTG et des responsables du groupe Caire, ont été auditionnés.
L’enquête s’est appuyée sur différents documents administratifs et des échanges internes à la collectivité, récupérés lors d’investigations menées par les enquêteurs.
Des interrogations sur la procédure d’évaluation
Selon une note de synthèse du PNF consultée par Le Monde, des informations sur l’offre d’un concurrent auraient été transmises à l'ancienne compagnie Air Guyane, ce qui aurait permis à celle-ci de modifier et améliorer son dossier. La CTG aurait bénéficié de vols gratuits durant la période d’instruction du dossier, rapporte Le Monde.
Les investigations menées par les enquêteurs ont notamment porté sur l’analyse des offres. D’après Le Monde, les rapports examinés par le PNF font apparaître plusieurs incohérences dans la notation des candidatures.
Par exemple, la flotte d'Air Guyane aurait obtenu 18 sur 20 pour la qualité et la capacité des aéronefs, alors même que l’analyse interne de la CTG évoquait une flotte « vieillissante », souligne le journal.
Autre point relevé par le quotidien national : l’organisation des moyens humains de la compagnie aurait été notée 12 sur 20, alors que la collectivité reconnaissait que cette organisation n’était pas réellement décrite dans l’offre.
Enfin, toujours selon Le Monde, certains documents complémentaires transmis par la compagnie Caire après la date limite de dépôt des offres auraient malgré tout été acceptés. Des échanges internes à la CTG, saisis lors d’une perquisition en 2022 et cités par le quotidien, montrent que certains responsables administratifs avaient pourtant signalé ces irrégularités.
Rodolphe Alexandre conteste toute affaire judiciaire
Contacté par notre rédaction, Rodolphe Alexandre conteste toutefois la présentation faite par le quotidien national et affirme qu’aucune procédure ne le vise à ce stade.
« Il n’y a pas d'affaires judiciaire, il n’y a pas de poursuite. J’ai certes été auditionné. Mais ni moi ni mon avocat n’ont eu de suite, d’informations ou de convocation judiciaire »
L’ancien président de la CTG ajoute que, selon les informations dont il dispose, l’ancien directeur d’Air Guyane ne fait pas non plus l’objet de poursuites. Il estime par ailleurs que l’article publié par Le Monde présente une vision erronée de la situation :
« Je considère que cet article du Monde a un caractère diffamatoire. »

Rodolphe Alexandre évoque également la situation de Eric Koury, ancien dirigeant du groupe exploitant Air Antilles et Air Guyane. Celui-ci a été condamné en 2025 par le tribunal correctionnel de Pointe-à-Pitre pour des faits d’escroquerie et de travail dissimulé liés à l’utilisation d’aides publiques pendant la crise du Covid-19, dans un dossier distinct de la desserte aérienne guyanaise.
Cette condamnation récente en appel prévoit notamment une peine de prison avec sursis et une amende, concerne la gestion du groupe dans les Antilles et n’est pas liée à la procédure évoquée autour de la délégation de service public en Guyane.
Une situation encore en phase d’enquête préliminaire
Selon Le Monde, le Parquet national financier poursuit actuellement l’analyse des observations transmises par les avocats des personnes concernées avant de décider de l’orientation de la procédure.
Si des poursuites étaient engagées, la justice devrait alors déterminer si des irrégularités ont été commises dans l’attribution de ce marché public, un dossier qui reste sensible en Guyane en raison de l’importance des liaisons aériennes pour les communes isolées.
© Photo : AFP