Le marronnage Boni aura désormais sa journée de célébration, le 21 août
Le projet est l'aboutissement de deux années de travail associant l'historien Jean Moomou, le chef coutumier Bruno Apouyou, le maire de Papaïchton Jules Deie et Raymond Deie, vice-président de la Collectivité territoriale de Guyane. C'est Jessi Américain, conseiller à l'assemblée de Guyane, qui a porté le projet devant les élus territoriaux.
Une date choisie pour son sens symbolique
Le choix du troisième vendredi d'août n'a rien d'arbitraire. « Il était important de trouver une date symbolique qui représente la résistance et la victoire des ancêtres », explique Jessi Américain. Selon lui, ce mois correspond historiquement à un pic des actes de résistance : « le mois d'août est la période où il y avait plus de résistance, il y avait plus d'actes de marronnage ». Il précise également la logique stratégique de cette période : « dans le contexte amazonien, il était plus intéressant de marronner au début de la saison sèche parce qu'il faut pouvoir résister et surtout rester en marronnage ».
© Ville de Papaichton
Le jour retenu, le vendredi, renvoie à une double symbolique. D'un côté, une grande partie des maîtres d'esclaves au Suriname étant juifs, « le vendredi marque le début du jour du sabbat », un jour de repos que les esclaves mettaient à profit, comme le rappelle l'élu, pour « organiser la résistance ». De l'autre, ce jour est déjà sacré dans la spiritualité Bushinengué : « c'est un jour qui est dédié à une des divinités les plus importantes de la spiritualité [...], le dieu de la justice et de la guerre », si bien qu'un Boni n'a traditionnellement pas le droit de travailler la terre ce jour-là.
Quant au chiffre trois, il structure de nombreux rituels de la culture Boni. « Le chiffre trois, à la fois dans les rituels et dans les pratiques culturelles Boni, c'est un chiffre qui revient régulièrement », note Jessi Américain, citant les cérémonies funéraires ou encore les pratiques suivant un accouchement.
Une attente forte de la population
Selon Jessi Américain, l'annonce a suscité un accueil enthousiaste. La date a été validée par les autorités coutumières de Papaïchton et d'Apatou, par les responsables d'associations, les élus et la population, réunis en concertations publiques : « Et dans toutes les réunions, on avait globalement le même retour. Ah oui, on attendait cette date avec beaucoup d'impatience. »
Cette attente s'explique par une forme de déséquilibre ressenti face aux commémorations des autres communautés. « Les Djukas aujourd'hui célèbrent leur marronnage le 10 octobre, qui fait référence au 10 octobre 1760 », rappelle-t-il, tandis que « les Saramacas célèbrent leur marronnage le 19 septembre », en référence à un traité de paix signé en 1762 avec les autorités hollandaises. Face à ces dates, il constate : « les Boni, ils restaient un peu les parents pauvres par rapport à cette célébration parce qu'ils n'avaient pas de date en fait ».
© A.BeharyLS - Radio Télé Péyi
Un double objectif, pédagogique et symbolique
Pour Jessi Américain, cette nouvelle célébration répond avant tout à un besoin de transmission :
« Un des objectifs de la mise en place de l'instauration de cette date, c'est un objectif pédagogique parce que malheureusement l'histoire des Boni reste méconnue. Il manque un peu, en tout cas la partie démocratisation, vulgarisation de cette histoire ».
L'initiative porte aussi une dimension symbolique forte : « Il y a aussi un objectif symbolique, qui est d'intégrer symboliquement la lutte de nos ancêtres dans le calendrier guyanais. » L'élu tient cependant à écarter toute idée de concurrence avec la date du 10 juin, commémorant l'abolition de l'esclavage de 1848 : « Il n'y aura pas de concurrence le 10 juin parce que nous ne sommes pas dans une opposition ou nous ne sommes pas dans une rivalité par rapport à la date du 10 juin. » Il insiste sur la spécificité de l'histoire Boni.
« L'histoire des Boni, c'est une histoire d'auto-libération d'un peuple qui a créé une organisation politique totalement autonome. Ce n'est pas la même histoire que l'histoire qui est liée au 10 juin 1848. »
Une manière, conclut-il, de « témoigner de la richesse du territoire guyanais et des identités qui habitent ce territoire ».
Les Boni espèrent pouvoir, à l'avenir, les organiser à plus grande échelle à Cayenne, Saint-Laurent-du-Maroni ou encore Apatou.