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Streaming, genre musicaux, réseaux sociaux : une étude révèle la consommation musicale aux Antilles Guyane

Longtemps restées dans l’angle mort des statistiques, les pratiques musicales des Antilles et de la Guyane se dévoilent enfin à travers une étude inédite. Résultat : une consommation intense, des usages très numériques et une forte identité culturelle.

  • Par: adminradio
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C’est une première : une étude d’ampleur vient éclairer les habitudes d’écoute musicale en Guyane et aux Antilles. Près de 1 000 personnes aux Antilles et en Guyane a répondu à cette enquête proposée par Le Chwin Gum, agence administrative de la musique enregistrée en Guyane et Fédérap, la fédération des professionnel·les du rap.

Et les chiffres parlent d’eux-mêmes. En moyenne, les habitants de ces territoires écoutent près de deux heures de musique par jour. Pour Andy Badamie, à l’origine de cette enquête, cette intensité n’a rien de surprenant :

« En France hexagonale, on est à environ huit heures par semaine. Chez nous, on atteint entre onze et douze heures. C’est énorme, mais ça s’explique par nos habitudes de vie. »

La musique accompagne tous les moments du quotidien : ménage, cuisine, rassemblements familiaux… notamment le dimanche, considéré comme un moment privilégié. « Dès neuf heures, dix heures, on commence à allumer la sono. On est très attachés à la musique », souligne-t-il.

Andy Badamie, administrateur du ChewinGum, Godefroy Pizon à la tête du département Artist & Label Partnerships de Spotify France, Leila Bellot, coordinatrice de Fédérap. 

Le smartphone et le streaming rois des usages

Autre enseignement majeur : le téléphone portable domine largement les pratiques. 96 % des répondants l’utilisent comme principal support d’écoute et 86 % écoutent de la musique en voiture grace au smartphone. 

Les supports physiques, eux, sont presque relégués au passé : seuls 2 % des habitants utilisent encore CD, vinyles ou cassettes.

Côté plateformes, les habitudes sont bien installées :

  • En audio : Spotify (25 %) pourtant implanté dans la région depuis seulement cinq ans et Apple Music (20 %) dominent
  • En vidéo : YouTube (29%) arrive largement en tête

 

Les médias traditionnels comme la radio et la télévision ne représentent plus que 9 % des usages principaux, même si certaines radios musicales comme Trace ou NRJ restent les plus écoutées.

Mais surtout, les réseaux sociaux jouent un rôle clé dans la découverte musicale. 80 % des répondants y trouvent de nouveaux artistes

Reggae dancehall en tête des genres musicaux sur les 3 territoires

Sans surprise, le reggae dancehall domine les écoutes dans les trois territoires, suivi du zouk, du kompa et du rap hip-hop. Mais des différences apparaissent. En Guyane, le kompa occupe la 3ᵉ place alors qu'en Martinique et Guadeloupe, c’est le hip-hop/rap qui arrive en troisième position. Andy Badamie, explique cette particularité : 

« Ça montre une forte influence de la communauté haïtienne en Guyane. Le kompa fait partie du quotidien »

Cette diversité reflète une richesse culturelle forte, notamment avec la place importante des langues créoles, devenues la troisième langue musicale la plus écoutée dans ces territoires. Une réalité absente des statistiques hexagonales.

La musique live très présente même sans concert 

Au-delà des chiffres, l’étude souligne l’importance du live, qui dépasse le simple cadre du concert payant. En Guyane comme aux Antilles, la musique live s’inscrit surtout dans des événements culturels populaires : carnaval et bals parés-masqués, fêtes communales, Chanté Nwèl, Swaré Léwòz en Guadeloupe. Autant de rendez-vous où la musique est vécue collectivement.

© Trompétiste au carnaval de Guyane - photo : Quentin Furic

Une étude stratégique pour la filière

Lancée lors des États généraux de la musique en Guyane, cette enquête menée auprès de près de 1 000 personnes répond à un besoin crucial : mieux comprendre un marché en pleine expansion, explique Andy Badamie :

« C’était une nécessité d’avoir des chiffres qui reflètent notre réalité. Avec l’essor du shatta ou du bouyon à l’international, il fallait des données pour structurer la filière. »

L’étude a déjà été présentée à des professionnels, notamment chez Spotify France, suscitant un fort intérêt.

Face à ces premiers résultats prometteurs, une nouvelle édition de l’étude pourrait voir le jour d’ici deux ans, afin d’actualiser les données et suivre l’évolution des usages. Un outil précieux pour accompagner la montée en puissance des artistes ultramarins… et mieux faire entendre leur voix au-delà des frontières.