Le gouvernement soutiendra une proposition de loi sur la restitution de dépouilles kali'nas à la Guyane
La ministre de la Culture Catherine Pégard a confirmé le soutien de l’État à une proposition de loi sénatoriale visant la restitution des restes humains kali’na. Conservées dans des collections publiques depuis la fin du XIXe siècle, ces dépouilles avaient notamment été exhibées dans des « zoos humains » à Paris.
Une mémoire douloureuse et une reconnaissance attendue
Le texte, porté par la sénatrice Catherine Morin-Desailly, sera examiné au Sénat avant la fin de la session parlementaire. Le gouvernement prévoit d’enclencher une procédure accélérée afin d’en faciliter l’adoption.
Pour le député de Guyane Jean-Victor Castor, cette annonce constitue un tournant historique. « Après 133 ans d’attente, c’est un signal que nous accueillons positivement », a-t-il déclaré, rappelant que ces hommes, femmes et enfants avaient été « arrachés à leur terre et exhibés ». Il insiste sur la portée humaine de cette démarche :
« Ce ne sont pas des archives, ce sont nos ancêtres. Depuis plus d’un siècle, leurs descendants demandent simplement de les ramener chez eux. »
© La présidente de l’association Moliko Alet+Po, Corinne Toka Devilliers et Jean-Victor Castor député de Guyane
Une avancée saluée par les représentants coutumiers et associatifs
Du côté des acteurs locaux, la décision est également accueillie comme un moment fort. La présidente de l’association Moliko Alet+Po, Corinne Toka Devilliers, parle d’« une nouvelle historique » :
« J’ai beaucoup pleuré. C’est une fierté pour notre peuple et un grand pas pour la dignité humaine. »
La cheffe coutumière de Bellevue-Yanu à Iracoubo, Cécile Kouyouri, souligne quant à elle l’importance de la reconnaissance mémorielle :
« Nos ancêtres ont autant souffert que les esclaves. Cette histoire traumatique doit être reconnue. »
Un cadre juridique encore en évolution
La proposition de loi prévoit que les dépouilles « cessent de faire partie » des collections publiques et soient restituées en Guyane dans un délai d’un an pour des cérémonies funéraires. Elles rejoindraient notamment un mémorial inauguré en 2024 à Iracoubo.
© Mémorial aux ancêtres Kali'na à Iracoubo
Cette initiative intervient alors qu'une loi votée à l’unanimité hier à l’Assemblée nationale sur la restitution de biens culturels d’anciennes colonies reste limitée, notamment pour les Outre-mer.
Les autorités assurent avoir entendu les demandes ultramarines et souhaitent accélérer leur traitement, tandis que les élus guyanais promettent de rester attentifs à la mise en œuvre concrète du texte.