Orpaillage illégal : la France attend le feu vert du Suriname pour renforcer la lutte sur le Maroni
Depuis les airs, le contraste est saisissant entre les deux rives du Marowijne et de la Lawa. Si l'exploitation minière est strictement encadrée côté français, de nombreux sites d'orpaillage illégal restent actifs au Suriname, où l'utilisation du mercure continue de contaminer les cours d'eau.
Pour Jupta Itoewaki, militante des droits des peuples autochtones, la situation est devenue critique. « L'orpaillage illégal dans le sud-est du Suriname augmente visiblement, en particulier le long des rivières Lawa et Marowijne », alerte-t-elle à AFP. Elle évoque des concentrations de mercure pouvant atteindre 8 469 fois les seuils recommandés par l'Organisation mondiale de la santé (OMS). « Toute la communauté est exposée quotidiennement par l'eau et la nourriture », déplore-t-elle.
Pollution du fleuve Maroni
Un accord toujours en attente de ratification
Signé en 2021 par Paris et Paramaribo, l'accord frontalier prévoit notamment une coopération renforcée en matière de lutte contre l'orpaillage illégal et le trafic de stupéfiants. Mais quatre ans après sa signature, il n'a toujours pas été ratifié par le Suriname.
Pour Nicolas de Bouillane de Lacoste, ambassadeur de France au Suriname, ce texte constitue un outil essentiel. « La ratification de l'accord permettra de donner une nouvelle impulsion à la coopération bilatérale », estime-t-il. Il rappelle toutefois qu'« un accord frontalier à lui seul ne mettra pas fin à l'orpaillage illégal », mais qu'il apportera « la sécurité juridique indispensable pour renforcer l'efficacité des actions conduites de part et d'autre de la frontière ».
Une bataille permanente contre les garimpeiros
Les autorités françaises poursuivent quotidiennement leurs opérations contre les réseaux clandestins. En appui des forces de sécurité, près de 500 militaires sont mobilisés sur terre, sur les fleuves et dans les airs, selon l'attaché de Défense, le lieutenant-colonel Emmanuel Rigault.
Malgré ces moyens, la tâche reste difficile. « C'est une bataille perdue, les mineurs illégaux se rendent au Suriname pour se ravitailler », reconnaît l'ambassadeur de France, qui réaffirme la volonté de Paris d'accompagner les autorités surinamiennes « dans toute initiative visant à limiter la capacité des garimpeiros », dans le respect de la souveraineté des deux États.
Intervention militaire © Forces Armées de Guyane
Un enjeu environnemental et sanitaire
Au-delà de la lutte contre l'exploitation clandestine, les autorités alertent sur les conséquences environnementales et sanitaires de cette activité. « Cette pollution a des conséquences majeures sur les écosystèmes, avec une altération de la biodiversité aquatique, mais également sur la santé et les conditions de vie des populations riveraines », souligne Nicolas de Bouillane de Lacoste.
Le 14 juillet dernier, le ministre surinamien des Affaires étrangères, Melvin Bouva, a annoncé que son pays entendait ratifier l'accord, sans toutefois préciser de calendrier. Une décision très attendue par les autorités françaises, qui y voient un levier supplémentaire pour mieux protéger les fleuves et les populations de Guyane.
AFP