Plan de lutte contre le narcotrafic : les cinq axes stratégiques dévoilés aux Antilles-Guyane
La conférence régionale de sécurité des Antilles s'est achève ce vendredi 3 juillet en Martinique, après quatre jours de travaux intensifs et de visites sur le terrain. Trois membres du gouvernement, Naïma Moutchou, ministre des Outre-mer, et Jean-Didier Berger, ministre délégué auprès du ministre de l'Intérieur, étaient de passage en Martinique pour l'occasion.
Avant de décoller vers Paris, ils ont dévoilé les détails du plan "Antilles-Guyane" contre le narcotrafic lors d'une visite à l'aéroport Aimé Césaire. Cette stratégie nationale fait suite aux annonces d'un nouveau plan global par le président de la République le 2 juillet 2026.
En raison de leur proximité avec les zones productrices d'Amérique latine, les Antilles et la Guyane sont intégrées aux chaînes logistiques vers l'Europe, ce qui engendre une flambée locale d'homicides, de violences, de trafic d'armes et le développement de réseaux de "mules".
Des contrôles renforcés
Ces territoires nécessitent donc une attention particulière. Le plan du gouvernement prévoit un renforcement des contrôles grâce à l'appui de la technologie. C'est qu'a expliqué Jean-Didier Berger, ministre délégué auprès du ministre de l'Intérieur :
“L'arrivée des scanner millimétriques nous permet de franchir une nouvelle étape pour débusquer les mules, celles qui sont porteuses à l'intérieur de leur corps, mais aussi parfois à l'extérieur de substances dans des quantités absolument extraordinaires. Et plusieurs centaines d'entre eux sont arrêtés ici depuis l'aéroport chaque année. Et de plus en plus, et c'est la pour laquelle nous devons redoubler d'efforts. Redoubler d'efforts par les effectifs et redoubler d'efforts par les moyens technologiques et également par les moyens juridiques. Nous portons avec le ministre de l'Intérieur, Laurent Nunez, une mesure très puissante qui va nous permettre de contrôler sans réquisition judiciaire dans les aéroports, ports, gares et dans les alentours à 40 kilomètres tous les véhicules et tous les bagages sans réquisition judiciaire”
14 millions d'euros pour les Antilles-Guyane
Le gouvernement estime à 14 millions le financement dévolu au volet Antilles-Guyane pour lutter contre le narcotrafic et ses effets collatéraux. Jean-Didier Berger met en avant l'augmentation des ressources humaines :
“Le ministère de l'Intérieur va investir 14 millions d'euros, ajouter 74 effectifs très concrètement sur le terrain pour faire en sorte de lutter pied à pied contre tous ces trafics. Nous allons le faire en renforçant les effectifs de l'office anti-stupéfiants. Nous allons le faire en renforçant les moyens scientifiques. Le laboratoire d'analyse balistique en Guadeloupe va nous permettre de franchir une nouvelle étape. Les brigades cynophiles aussi, dont nous allons renforcer encore ces équipes.”
La police municipale fait également partie de ce plan de lutte :
“Nous portons également avec le ministre de l'Intérieur une loi police municipale, une loi qui va permettre d'avoir des prérogatives judiciaires élargies et de mettre directement les amendes de trafic de la délictuelle, notamment celles pour les consommateurs de stupéfiants. Enfin, nous allons protéger les agents de l'État qui sont aussi la cible des narco-trafiquants, à la fois par leur tentative d'influence, voire de corruption.”
© RCI Martinique
Les cinq axes majeurs de ce plan de lutte
Le premier axe vise à accroître la coopération avec les États partenaires appartenant à la zone Caraïbes / Amérique Latine afin de rendre cette région exposée inhospitalière pour les trafiquants.
Le deuxième axe se fixe pour ambition de renforcer la sécurisation des points d'entrée. Un investissement de 4 millions d'euros est notamment dédié à la création de brigades nautiques de gendarmerie à Saint-Pierre (Martinique) et Gourbeyre (Guadeloupe), ainsi qu'à Pointe-à-Pitre pour la police. Le plan prévoit aussi le déploiement d'un drone moyenne endurance en Guadeloupe, des scanners millimétriques contre les mules et le doublement des contrôles douaniers des conteneurs.
Pour soutenir les populations, le troisième axe injecte une dotation exceptionnelle de 1,5 million d'euros en 2026 pour la vidéoprotection dans les Antilles, dont 1 million apporté par le ministère des Outre-mer. Il déploie des brigades de quartier à Sainte-Rose et Bouillante, renforce les effectifs de la BAC contre les armes et met en place des programmes de prévention des addictions pour la jeunesse.
Le quatrième axe cible les réseaux criminels par la création de groupes d'enquête dédiés aux armes à feu, le renforcement de l'OFAST aux Antilles, l'installation d'un laboratoire balistique pour la police et de tubes récupérateurs de munitions pour la gendarmerie.
Enfin, le cinquième axe déploie un programme de prévention des risques corruptifs destiné à l'ensemble des agents exposés en première ligne, à savoir les forces de l'ordre, les douanes, l'administration pénitentiaire, ainsi que les personnels portuaires et aéroportuaires.