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Etude IRM : le sous-sol guyanais passé au crible jusqu’en 2029

Un an après le lancement de l’IRM, l’Inventaire des ressources minières, le vaste programme national d’étude des ressources minérales entre dans une phase concrète en Guyane. Plus de 20 000 km² seront passés au crible jusqu’en 2029, avec en ligne de mire des minerais stratégiques… mais aussi de nombreuses interrogations au niveau local.

  • Par: adminradio
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Annoncé en 2023, par le président de la république, ce projet national vise à actualiser les connaissances sur les ressources minérales de territoire national.  Cinq grandes zones ont été retenues, dont la Guyane, mais aussi le Massif central, les Vosges, la Bretagne et les Pyrénées. Pilotée par le BRGM, l’étude se concentre notamment sur le sillon nord, entre Régina et le Maroni.

Près de 4 000 échantillons ont été identifiés, en eau comme sur terre, dont 1 200 déjà prélevés. Au total, 55 substances sont recherchées, allant des terres rares aux métaux utilisés dans les technologies modernes. Les premiers résultats sont attendus d’ici la fin de l’année.

Pourquoi uniquement le nord du territoire ?

Pour Blandine Gourcerol, directrice de l’Inventaire des ressources minérales, ce choix répond à plusieurs critères scientifiques. Elle précise que l’objectif dépasse la simple recherche minière :  

« C'est une zone cohérente d'un point de vue géologique […] où la connaissance est très hétérogène. Il y a un besoin de comprendre cette zone dans sa globalité. On a besoin de comprendre cette zone […] pour répondre à des questionnements sur les ressources minérales, mais aussi la gestion de l’eau ou les aléas du territoire ».

© E.Cornec - Radio Télé Péyi 

Une démarche exploratoire, pas une exploitation immédiate

Le programme vise avant tout à identifier des indices de présence de minerais, et non à lancer directement des projets miniers. « On va identifier un potentiel d’occurrence […] mais ça ne signifie pas qu’on passera automatiquement à une mise en production », insiste Blandine Gourcerol. Elle rappelle également l’importance de la connaissance : 

« Pour mieux préserver, protéger et exploiter, il faut connaître. La connaissance est la première marche ».

 

 

Pour Floriane Deneuville Mayer, directrice régionale du BRGM, cet inventaire répond à une évolution des enjeux :

« À l’époque, on ne connaissait pas l’intérêt des métaux liés à la transition énergétique […] aujourd’hui, on doit revenir pour acquérir ces connaissances ».

© E.Cornec - Radio Télé Péyi 

Des inquiétudes sur les retombées locales

Du côté des acteurs économiques, certaines craintes émergent. Pierre-Michel Rosier, vice-président de la FEDOM-G, Fédération des opérateurs miniers de Guyane, tempère les attentes. « On ne va pas découvrir directement des gisements, mais des indices […] comme une miette qui peut mener à un beau gâteau ». Mais il s’inquiète surtout des retombées : 

« Si des minéraux rares sont découverts, il y a un risque que des sociétés extérieures les exploitent sans bénéfices directs pour la Guyane [...] Il ne faudrait pas que des permis de recherche viennent bloquer l’exploitation actuelle ».

Mais l’IRM suscite aussi des critiques politiques. Le député de Guyane, Jean-Victor Castor, est intervenu lors de la présentation. Il déplore l’absence d’acteurs locaux dans le projet : 

« Ce n’est pas acceptable ! Ni les autorités coutumières, ni les acteurs économiques et opérateurs locaux ne sont inclus. Les jeunes guyanais qui se forment dans ces domaines à l’Université de Guyane ne sont pas impliqués […] ce n’est pas normal ».

Des points d’étape seront réalisés chaque année jusqu’à la fin du programme. D’ici là, cet inventaire pourrait profondément renouveler la connaissance du sous-sol guyanais… et relancer le débat sur l’exploitation de ses richesses.