Sécheresse, incendie en Guyane : les autorités se préparent à une saison à haut risque
Les dernières prévisions de Météo-France Guyane confirment les inquiétudes des autorités. Les modèles climatiques annoncent une saison sèche plus chaude que la normale, accompagnée d'un déficit de précipitations, dans un contexte de retour du phénomène El Niño.
Ces conditions pourraient favoriser la multiplication des feux de végétation mais aussi provoquer une baisse importante du niveau des fleuves, essentiels au transport des personnes, des marchandises, des carburants et des produits alimentaires vers les communes de l'intérieur. Les météorologues estiment que les conséquences pourraient même se prolonger jusqu'en 2027 si le déficit pluviométrique venait à durer.
Des sécheresses qui ne sont plus exceptionnelles
Pour José Gaillou, ancien membre de Guyane Écologie Les Verts, ces épisodes deviennent une nouvelle réalité climatique. Selon lui, la Guyane ne peut plus considérer que les grands incendies observés ailleurs resteront exceptionnels :
« Le climat s'est réchauffé partout. Nous allons connaître des périodes de grande sécheresse, voire d'inondation. La question est de savoir si nous sommes préparés. Ce qui se passe aujourd'hui dans l'Hexagone peut aussi arriver en Guyane. »
Le SDIS renforce ses moyens face aux feux de savane
Les services de secours constatent eux aussi une évolution du risque. Le colonel Jean-Albert Lama, sous-directeur du SDIS Guyane, explique que le service a profondément revu ses équipements.
« Il y a quinze ans, on n'achetait pas de camions-citernes feux de forêt. Aujourd'hui, nous avons été obligés d'en acquérir parce que les feux de savane ont augmenté de façon exponentielle. »
© SDIS Guyane
Les incendies ne se limitent plus aux savanes. Si les forêts restent globalement encore préservées, les pompiers constatent que de plus en plus de feux de végétation progressent vers les lisières forestières. En 2023, près de 2000 ha de végétation étaient partis en fumé. Loin des 42 000 hectares de végétation détruits en Gironde récemment.
La prévention reste la meilleure protection
Si les conditions climatiques peuvent être favorables au développement des incendies, les autorités rappellent que la majorité des feux restent d'origine humaine.
« Quand il y a un feu, c'est bien souvent que quelqu'un l'a allumé », rappelle Christophe Carrière, le chef d'état-major interministériel de zone Guyane. Il invite la population à redoubler de vigilance lors des abattis ou des pratiques traditionnelles utilisant le feu comme pour la chasse aux iguanes :
« Il ne faut jamais laisser un feu sans surveillance et prévenir immédiatement les secours s'il se propage. »
Des fleuves sous surveillance pour éviter l'isolement des communes
Les autorités redoutent également les conséquences d'un fort étiage des fleuves. En 2023 et 2024, plusieurs communes de l'intérieur avaient connu d'importantes difficultés d'approvisionnement en raison de la baisse du niveau des cours d'eau.
Les premiers signes sont déjà visibles. « Le niveau du Maroni commence déjà à baisser et j'ai bien peur que les prochains semestres soient compliqués », confirme le chef d'état-major interministériel de zone Guyane, Christophe Carrier. L'État prépare déjà la réponse
« Nous avons réalisé un retour d'expérience du plan ORSEC de 2023-2024 et nous travaillons avec les collectivités, les Forces armées, la CACL-SGDE, les transporteurs fluviaux et aériens. »
Des mesures ont déjà été prises, comme le déplacement du captage d'eau sur la Comté rallongé de 4 km en amont du fleuve, ce qui n’est pas encore le cas pour celui de Saint-Laurent. Le haut fonctionnaire annonce également l'installation d'une fontaine atmosphérique sur le Haut-Maroni afin de sécuriser l'accès à l'eau potable. Elle permet de capter l’humidité de l’air et la transformer en eau potable.
Avec un phénomène El Niño annoncé comme élevé, la Guyane se prépare à une saison sèche qui pourrait peser sur l'ensemble du territoire.