Hommage à Élie Castor, 30 ans après sa disparition
Avant de devenir l’une des figures incontournables de la politique guyanaise, Élie Castor suit un parcours atypique. Avec son frère Jean-Paul, il quitte très jeune la Guyane pour poursuivre sa scolarité dans l’hexagone, au lycée de Chaumont. Après des études de droit et un service militaire effectué au Tchad, il intègre l’École supérieure de la Police de Saint-Cyr-au-Mont-d’Or.
Admis comme officier de police, il est affecté dans un aéroport parisien avant de faire le choix de rentrer en Guyane. Une décision qui marque un tournant dans sa vie. Sa démission de la police, d’abord refusée par sa hiérarchie qui l’invite à réfléchir à son avenir, est finalement acceptée. Il rejoint alors l’administration territoriale sous l’impulsion de Léopold Elfort, à la recherche de jeunes cadres guyanais pour accompagner le développement des collectivités.
Bien avant la politique, Élie Castor était déjà connu dans son quartier. Avec plusieurs amis, il avait créé une équipe de football baptisée « Chicago Club », bien avant l’existence du quartier cayennais portant aujourd’hui ce nom.
Une ascension politique rapide
Élu conseiller général du canton de Sinnamary en 1976, puis maire de la commune en 1977, Élie Castor s’impose rapidement sur la scène politique guyanaise. Proche du RPR à ses débuts, il rejoint le Parti socialiste guyanais en 1979.
Inauguration du plateau sportif de Mana
Député de la Guyane à partir de 1981, réélu en 1986 puis en 1988, il exerce également à deux reprises la présidence du Conseil départemental. À ces différentes responsabilités, il participe à la mise en œuvre de la décentralisation issue des lois Defferre et accompagne la création de nombreuses infrastructures publiques.
Des réalisations qui ont marqué le territoire
Pour Roger Coralie, ami d’enfance et compagnon de route politique, l’héritage d’Élie Castor reste avant tout celui d’un bâtisseur :
« C'est toute la réalisation des centres de santé et des écoles, des collèges qu'il a réalisées et la mise en place de tout ce qui est cadre au niveau de la décentralisation. Pour moi, c'est ce qu'on pourrait garder de l'héritage d'Élie Castor du point de vue politique. »
Sous ses mandats, plusieurs projets majeurs voient le jour où prennent forme : le projet Sinnamary 2000, le développement des infrastructures éducatives et sanitaires, le projet sucrier, le barrage de Petit-Saut ou encore les réflexions qui conduiront plus tard au Parc amazonien de Guyane.

Un homme apprécié pour ses qualités humaines
Au-delà du responsable politique, ses proches gardent le souvenir d'un homme simple et profondément humain. « Pour moi, Élie était un copain et un ami d'une grande loyauté, serviable, d'une grande sensibilité et à l'écoute des uns et des autres. Il avait le sens de la responsabilité, abordait les problèmes avec intelligence et pragmatisme », témoigne Roger Coralie. Avant d'ajouter :
« Il était d'une grande humilité face à ses interlocuteurs, ne laissant jamais transpirer son niveau intellectuel et sa culture. Il avait des difficultés à comprendre qu'en politique on ne se fait pas d' amis, ce sont des compromis. Il a trop fait confiance, hélas. »
René Duffay, Roger Coralie, Elie Castor, Georges Patient
Une vision ambitieuse pour la Guyane : le rêve inachevé de la Cité des sciences de l'Amazonie
Directeur de cabinet d'Élie Castor, Jean-Michel Nicolas se souvient d'un homme animé par une vision stratégique du développement guyanais :
« Ses idéaux pour la Guyane, c'était d'abord l'ancrage de la Guyane dans l'Amazonie. Élie Castor était un fervent partisan de cette grande région amazonienne avec le Suriname, le nord du Brésil et la Guyane. »
Pour lui, la richesse exceptionnelle de la biodiversité guyanaise devait devenir un moteur de développement. « Il voulait faire de la Guyane un pôle d'excellence en matière d'écodéveloppement. Je crois qu'il a été le père fondateur de cette réflexion sur la forêt tropicale et sur la biodiversité. »
Aérodrome Elie Castor à Grand Santi
Parmi les projets qui lui tenaient le plus à cœur figure la Cité des sciences de l'Amazonie. Un projet ambitieux destiné à faire de la Guyane un centre de recherche et de rayonnement scientifique à l'échelle internationale, explique Jean-Michel Nicolas :
« La Cité des sciences de l'Amazonie, c'était un joyau qui devait permettre à la Guyane de rayonner au niveau international et au niveau de toute l'Amazonie »
Georges Patient, Jean-Michel Nicolas, Elie Castor, Francis Jeremy dit Clarence
Autre projet majeur : la création d'un complexe agro-industriel sucrier entre Sinnamary, Iracoubo et l'Ouest guyanais, destiné à diversifier l'économie locale et soutenir le développement de filières agroalimentaires.
La disparition prématurée d'Élie Castor en 1996 empêchera cependant l'aboutissement de plusieurs de ces projets.
Une mémoire toujours vivante
30 ans après sa disparition, l'empreinte d'Élie Castor demeure visible en Guyane. Le collège de Sinnamary et le lycée professionnel de Kourou portent son nom, tout comme une avenue de Cayenne.

Depuis 2022, un buste réalisé par le sculpteur Abel Adonaï lui rend également hommage à Sinnamary. Pour ses proches, son souvenir reste intact. « Entre amis, ce sont des souvenirs indélébiles que je garde de lui », conclut Roger Coralie.
RDV : Exposition Commémorative | Élie Castor - 30 ans après
La Ville de Sinnamary, en partenariat avec la CTG et les Archives Territoriales, vous invite à découvrir l’exposition commémorative dédiée à Élie Castor (1943-1996), 30 ans après sa disparition.
Du 16 au 20 juin 2026 de 8h30 - 15h00 à la Salle communale de Sinnamary - Entrée libre