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Sénatoriales 2026 : "Je ne me représente pas", annonce Marie-Laure Phinéra-Horth

“Je ne me représente pas. Le 1er octobre je ne serai plus sénatrice”. Marie-Laure Phinéra-Horth, la sénatrice de Guyane, première femme à occuper ce siège depuis 2020, a confirmé qu'elle ne briguera pas de nouveau mandat lors des élections sénatoriales du 27 septembre prochain. Invitée du Grand Forum sur Radio Télé Péyi Guyane ce lundi, l'ancienne maire de Cayenne est revenue sur les six années passées au Palais du Luxembourg, entre apprentissage des rouages parlementaires, dossiers de santé publique et une insatisfaction sur la lutte contre le narcotrafic, elle dresse son bilan.

  • Par: adminradio
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Élue le 27 septembre 2020, devenant la première femme sénatrice de l'histoire de la Guyane après avoir dirigé la mairie de Cayenne de 2010 à 2020, Marie-Laure Phinéra-Horth tourne la page. Elle l'a annoncé sans ambiguïté sur les ondes de Radio Télé Péyi : « Je ne me représente pas. Le premier octobre, je suis plus sénatrice. ». La raison tient autant à l'usure du mandat qu'à un choix personnel assumé : 

« Avec les chocs thermiques et les nombreux voyages, c'est fatigant physiquement. Sincèrement, c’est fini. En six ans, j'ai donné de ma personne. Mais c'était une belle expérience. Je veux maintenant profiter de mes enfants, de mes petits-enfants que j'ai négligés. »

Sans admettre prendre une retraite politique complète, l'élue annonce vouloir se tourner vers l'engagement associatif. Interpellée par des parents d'enfants malades, elle indique avoir participé à la création d'une association de lutte contre les cancers pédiatriques, et s'apprête à en lancer une autre dédiée aux violences et agressions sexuelles sur mineurs. Elle préside par ailleurs déjà une association d'aide aux femmes victimes de violences conjugales. 

« Je vais m'occuper aussi un peu de la société guyanaise parce qu'il n'y a pas que la politique »

 

 

Un mandat national vécu comme un apprentissage

Ancienne maire de Cayenne pendant 10 ans, la sénatrice reconnaît avoir découvert, une fois sous la coupole du Sénat, une réalité institutionnelle qu'elle ignorait en tant qu'élue locale. « Mon mandat sénatorial m'a quand même apporté, m'a ouvert des portes. J'ai appris des choses que, en tant qu'élue locale, j'ignorais », explique-t-elle : 

« Le Sénat représente aussi les collectivités locales et ça, je l'ai jamais compris quand j'étais maire, puisque les sénateurs ne passaient que pour les finances. J'ai appris comment proposer un projet de loi qui peut impacter nos collectivités. »

Membre du groupe Rassemblement des démocrates, progressistes et indépendants (RDPI), la formation de la majorité présidentielle au Sénat, elle a également occupé les fonctions de vice-présidente de la délégation sénatoriale aux Outre-mer et de la délégation aux droits des femmes.

Elle appelle toutefois ses compatriotes à mesurer le poids réel d'une poignée d'élus ultramarins dans un hémicycle où la loi du nombre de vote prévaut. La sénatruce invite donc à nuancer l'idée reçue selon laquelle les parlementaires guyanais « ne font rien » ou « n'obtiennent rien » : 

 « Il faut savoir que le Sénat et l'Assemblée nationale, ce sont des vraies démocraties. C'est le vote qui compte. On doit être 32 sénateurs ultramarins. Qu'est-ce qu'on représente ? Un grain de sable. Même si nous, on fait des propositions et que les autres ne sont pas d'accord, vous pouvez faire ce que vous voulez, il ne se passera rien »

Elle met toutefois en avant, dans ce contexte, l'accès facilité aux ministères que lui a offert son appartenance à la majorité présidentielle : « Faisant partie du groupe de la majorité présidentielle, j'avais accès facilement aux ministres. On m'accordait plus souvent que rarement ce que je demandais pour tel Guyanais. » Elle dit avoir mis à profit ce canal pour appuyer de nombreux compatriotes guyanais installés dans l’Hexagone.

La collecte de sang, une satisfaction majeure de la mandature

Sur le plan des dossiers concrets, la sénatrice cite en premier lieu la question de la collecte de sang en Guyane, suspendue depuis 20 ans en raison du risque lié à la maladie de Chagas :

« En termes de réussite, la collecte de sang. Ça fait 20 ans qu'ils ont suspendu la collecte de sang par rapport à la maladie de Chagas. Donc j'ai pris ce dossier à bras-le-corps avec le professeur Hermine, qui est un hématologue guyanais »

Elle indique avoir associé à ce combat la présidente nationale de l'association de lutte contre la drépanocytose et le docteur Hermine, eux-même originaire de Guyane, et s'être rendue en mission au Brésil, dans l'Amapá voisin, pour observer les pratiques locales. « Je suis même partie en mission dans l'Amapá visiter le centre d'hématologie de Macapá, alors que la maladie de Chagas vient de chez eux. Ils n'ont jamais suspendu leur collecte », souligne-t-elle, pointant un décalage avec la doctrine sanitaire française.

Selon la sénatrice, la ministre de la Santé Stéphanie Rist a accepté le principe d'une reprise, sous réserve de résultats d'études complémentaires attendus en octobre. « Si les résultats sont probants, la ministre sera favorable », rapporte-t-elle, avant d'évoquer une échéance plus large : la signature, promise pour 2027, d'un décret créant un Centre de transfusion sanguine au sein du CHU de Guyane.

Narcotrafic : une loi jugée incomplète pour les Outre-mer

Vice-présidente de la commission d'enquête sénatoriale sur l'impact du narcotrafic en France, dont les travaux ont débouché sur une proposition de loi adoptée en 2025, Marie-Laure Phinéra-Horth se montre nettement plus critique sur ce dossier. « Là où je suis moins satisfaite, c'est sur le narcotrafic. On a réussi à présenter une loi qui est passée, mais je la trouve incomplète ». Son regret porte en particulier sur le volet manquant de la prévention et de la réinsertion : 

« C'est surtout par rapport à nos territoires ultramarins, puisqu'il n'y a rien pour la jeunesse, rien pour la réinsertion. Or, les mules, bien souvent, au niveau de la formation, ils n'ont rien ». 

Elle plaide également pour la fin du dispositif de « 100 % contrôle » actuellement appliqué aux passagers en provenance de Guyane et des Antilles, au profit d'une réponse technologique : « Il faut qu'on enlève le 100 % contrôle, qu'on installe les scanners dans les aéroports parisiens. »

Une sortie sous le coup d'une procédure judiciaire

Le départ de la sénatrice intervient alors qu'elle reste engagée dans une procédure judiciaire distincte de son bilan parlementaire. Marie-Laure Phinéra-Horth a été condamnée en décembre 2025 à 2 ans de prison avec sursis et deux ans d'inéligibilité dans une affaire d'emploi fictif, une décision dont elle a fait appel. En renvoi du procès en appel initialement prévu le 22 mai, l'affaire doit désormais être examinée début octobre 2026. 

Marie-Laure Phinéra-Horth, 69 ans, orthophoniste de formation, a été élue conseillère municipale de Cayenne en 1995 avant de devenir maire de la ville en 2010, puis présidente de la Communauté d'agglomération du Centre littoral. Élue sénatrice le 27 septembre 2020, elle quitte officiellement le Palais du Luxembourg le 1er octobre prochain.