Agression de soignant : les médecins se mobilisent devant la préfecture
À l’origine de cette mobilisation : l’irruption d’un homme, mardi dernier, dans le cabinet d’un gynécologue libéral à Cayenne. Une scène partiellement filmée, largement relayée sur les réseaux sociaux, montrant un échange tendu et des propos insultants à l’encontre du médecin. L’homme reprocherait au praticien une mauvaise prise en charge médicale de sa compagne à la suite d’une fausse couche.
Pour les organisations représentantes des professions médicales, cette situation dépasse le simple conflit individuel. Elle s’inscrit dans un climat de plus en plus préoccupant pour les professionnels de santé en Guyane, régulièrement exposés à des faits de violence.
« L’agression de trop »
À l’appel de l’URPS, du Conseil départemental de l’Ordre des médecins et du Syndicat des médecins de Guyane, la mobilisation devant la préfecture permet de dénonce une « attaque intolérable ». Pour le président de l’URPS, Jawad Bensallah, ce nouvel épisode marque un seuil critique :
« On arrive à un autre stade : des agressions et des menaces de mort sont commises, c’est intolérable. En même temps, on veut rendre la Guyane attractive, alors que c’est déjà un désert médical. Cette situation n’attire pas les professionnels, bien au contraire. »
Le praticien mis en cause serait très affecté par ces événements. « On veut soutenir la victime qui traverse une période extrêmement difficile, au point qu’il envisage de quitter la Guyane avec ses enfants », poursuit Jawab Bensallah.
Un impact direct sur les patients
Au-delà des soignants, ce sont aussi les patients qui pourraient subir les conséquences, alertent le représentant de la profession :
« Si un médecin quitte la Guyane, ce sont des centaines de patients qui se retrouvent sans médecin traitant, avec des difficultés de prise en charge. On a besoin de réponses concrètes ».
La profession réclame aujourd’hui des garanties pour exercer en sécurité : renforcement de la protection des cabinets, soutien psychologique et accompagnement juridique.
Une délégation de médecins a été reçue par le directeur de cabinet du préfet, en présence de la direction de l’ARS. Plusieurs mesures ont été annoncées :
- La création d’un observatoire des violences envers les professionnels de santé,
- Le renforcement de la surveillance (caméras, rondes des forces de l’ordre),
- La généralisation de boutons d’alerte dans les zones couvertes par la gendarmerie.
Des annonces accueillies avec prudence, les médecins attendant désormais des actes rapides et concrets.
L’homme mis en cause s’explique
Sur les réseaux sociaux, l’homme qui s’est introduit dans le cabinet affirme n’avoir jamais eu l’intention de s’en prendre physiquement au médecin. Il évoque la détresse d’un père confronté à la perte de son enfant :
« Il y a des pères qui pleurent, d’autres se mettent en colère. Moi, j’ai disjoncté. C’est ma façon d’exprimer ma douleur »
Il dit ne pas regretter la diffusion de la vidéo, estimant qu’elle aurait permis à d’autres patients de témoigner et de « libérer la parole » sur les pratiques du gynécologue et, plus largement, sur le système de santé.
Les médecins, de leur côté, appellent à l’apaisement et au dialogue.
« On veut travailler main dans la main avec les usagers. Ils ne sont pas nos ennemis. Ils ont besoin de soins dignes et de qualité, et nous avons besoin de sécurité pour continuer à exercer », conclut Jawab Bensallah.
Cette mobilisation fait écho à plusieurs agressions qui ont profondément marqué la profession ces dernières années. À Saint-Laurent-du-Maroni, une pharmacienne a été assassinée l’an dernier. À Maripasoula, une infirmière a été violée dans l’exercice de ses fonctions. À Kourou, une autre professionnelle de santé s’est retrouvée prise dans une fusillade dans un quartier informel.
Des faits graves qui nourrissent aujourd’hui un sentiment de peur et d’abandon chez de nombreux soignants.