Hausse de la mortalité infantile : un rapport pointe de graves inégalités, surtout en Outre-mer
Le ministère de la Santé a rendu public un rapport sur la mortalité infantile en France, remis au gouvernement en janvier 2026, à la suite des révélations du Canard Enchaîné. Ce rapport confirme une augmentation continue et grave de la mortalité infantile en France ces 15 dernières années, ainsi que de profondes inégalités territoriales.
Huit décès pour 1000 naissances en Outre-mer
En Outre-mer, le constat est particulièrement critique : l'Inspection générale des affaires sociales (IGAS) y observe un taux de mortalité infantile deux fois plus élevé que dans l'Hexagone.
Entre 2004 et 2022, ce taux s’élevait à 8 décès pour 1000 naissances dans les départements et régions d’outre-mer, contre 4,1 dans l’Hexagone.
Dans le détail, ce sont surtout Mayotte, la Guyane et la Martinique qui tirent les chiffres vers le haut avec respectivement 10,1, 9,8 et 9,2 bébés de moins de un an décédés pour 1000 naissances, tandis que La Réunion enregistre un taux de 7 pour 1000.
De son côté, La Guadeloupe reste plus proche des chiffres hexagonaux avec 4,3 décès pour 1000.
Des facteurs de risques cumulés
Selon ce rapport, ces données s’expliquent en partie par le poids des inégalités sociales et territoriales, notamment dans l’accès aux soins avant, pendant et après l’accouchement.
Sur le plan médical, la prévalence du diabète ou de l'obésité chez les femmes enceintes a un impact direct sur l'enfant, tout comme les risques liés aux arboviroses (dengue, zika) transmissibles au fœtus mais aussi la consommation d’alcool, de tabac et de drogues.
Pour les nouveau-nés, des cas plus nombreux de drépanocytose sont également recensés.
L'IGAS met aussi en avant des caractéristiques sociales, démographiques, culturelles et humaines qui entraînent des parcours de soins erratiques : difficultés à se rendre aux rendez-vous médicaux, couverture sociale déficiente et démarches d'inscription administrative complexes.
Ces obstacles éloignent les femmes enceintes du suivi médical et des messages de prévention. En revanche, les diverses fermetures de petites maternités observées depuis les années 1970 n’auraient pas eu d’incidence notable sur l’évolution de cette mortalité, au contraire.
L'urgence d'un maillage médical
Pour réduire concrètement ces chiffres, l'IGAS préconise qu'il faut davantage prévenir, détecter et prendre en charge les situations à risque. La recommandation est d'agir en amont et en aval : au cours de la grossesse d'une part, puis après l'accouchement d'autre part pour accueillir les jeunes enfants dont l'état le requiert dans les services de néonatalogie.
Le rapport pointe enfin le manque d'infrastructures et de professionnels de santé, souvent mal répartis sur le territoire, ainsi que l'insuffisance de données disponibles.
Face à cette situation, la mission propose de concevoir un plan d’action spécifique dans chacun des cinq DROM. Co-piloté par l’État, les ARS et les collectivités territoriales, il vise à lutter de façon claire et structurée contre les principaux facteurs à l’origine de cette surmortalité infantile.