Paludisme : après le Suriname, l’ensemble du plateau des Guyanes veut accélérer son élimination d’ici 2030
Un colloque consacré à l’élimination du paludisme sur le plateau des Guyanes s’est tenu la semaine dernière à Paramaribo, sous l’égide de l’Organisation panaméricaine de la santé (OPS). Une délégation guyanaise, réunissant notamment des représentants de l’ARS, du CHU de Guyane et de l’Institut Pasteur, y a présenté les actions engagées pour atteindre l’objectif d’élimination du paludisme à l’horizon 2030.
En Guyane, 129 cas ont été confirmés au cours des six premiers mois de 2026. Le chiffre est déjà élevé au regard des 181 cas recensés sur l’ensemble de l’année 2025, mais reste nettement inférieur au niveau de 2024, avec 425 cas, indique l’ARS Guyane.
Depuis 2023, les foyers de transmission se déplacent davantage de l’intérieur vers le littoral, notamment autour des secteurs fortement liés à l’activité d’orpaillage, précise les autorités sanitaires.
Un territoire confronté à des défis particuliers
De l’Amapá au Venezuela, en passant par la Guyane, le Suriname et le Guyana, le plateau des Guyanes constitue un environnement particulièrement complexe pour éliminer le paludisme.
La mobilité des populations, les frontières poreuses, l’orpaillage et l’accès difficile aux zones isolées compliquent le dépistage et la prise en charge. Les populations autochtones vivant dans les secteurs reculés sont également confrontées à des difficultés d’accès aux soins.
Pour l’OPS, la stratégie repose notamment sur un meilleur accès au diagnostic et au traitement, une surveillance renforcée et une réponse rapide autour des cas détectés.
La Guyane prépare son programme Paludisme 2026-2030
L’ARS finalise actuellement le programme guyanais d’élimination du paludisme pour la période 2026-2030. Il prévoit de renforcer la surveillance, la lutte antivectorielle, les moyens de protection individuelle ainsi que les circuits de diagnostic et de traitement.
Parmi les priorités figure une meilleure prise en charge du Plasmodium vivax, un parasite responsable d’une forme du paludisme pouvant provoquer des rechutes. Le traitement par primaquine, un médicament utilisé pour éliminer les parasites persistants, peut désormais être mis en place plus rapidement grâce à un test permettant de vérifier que le patient ne présente pas de déficit en G6PD, une particularité pouvant entraîner des complications avec ce médicament .
Le directeur de la santé publique de l’ARS, le Dr Manuel Munoz, a également annoncé le renforcement des moyens de l’équipe mobile d’intervention contre le paludisme.
L’Emip, un dispositif essentiel
Créée en 2024, l’Équipe mobile d’intervention contre le paludisme (Emip) est devenue un élément central de la stratégie de lutte contre le paludisme en Guyane. Elle intervient pour dépister les populations, assurer une prise en charge précoce, suivre les patients, enquêter autour des cas et sensibiliser les habitants, notamment dans les zones liées à l’orpaillage.
L’an dernier, l’équipe a réalisé 53 actions de prévention, 33 enquêtes autour de cas confirmés et 297 consultations dans les zones touchées. Elle a également distribué 322 kits Malakit d’autotest et d’autotraitement, explique Gilcélia Rousse, médiatrice de l’Emip :
« Les objectifs étaient de détecter précocement les cas de paludisme, y compris chez les personnes pas ou peu symptomatiques, de limiter la transmission en traitant rapidement les personnes positives »
© ARS Guyane
En début d’année, une importante mission a été menée dans les secteurs de Taluen et Elaé, sur Haut-Maroni à Maripasoula, après la détection de cas. En cinq jours, 148 patients ont été vus et 142 tests ont été réalisés. Deux se sont révélées positives. Six traitements de primaquine ont également été délivrés.
Pour Gilcélia Rousse, cette intervention a permis « d’éviter les éventuelles transmissions communautaires » et de renforcer les capacités locales nécessaires à l’objectif d’élimination du paludisme en Guyane en 2030.
Le Pr Magali Pierre-Demar propose désormais de passer d’interventions ponctuelles à une véritable stratégie coordonnée. Elle défend la création d’un « cadre permettant de passer d’interventions isolées et réactives à une stratégie d’élimination continue et transfrontalière ».
Le Suriname, un exemple pour la région
La coopération régionale apparaît comme un élément incontournable. Des échanges réguliers existent déjà entre la Guyane et le Brésil et doivent être renforcés avec le Suriname.
Le pays voisin dispose d’une longueur d’avance : le Suriname a été certifié exempt de paludisme par l’Organisation mondiale de la Santé en juin 2025, après plusieurs décennies de lutte reconnait le directeur de l’OPS, le Dr Jarbas Barbosa :
« Le Suriname a fait ce qu’il fallait pour éliminer le paludisme : détecter et traiter rapidement chaque cas, mener des enquêtes pour empêcher toute propagation, et mobiliser les communautés »
L’expérience surinamaise montre qu’une élimination du paludisme est possible dans un environnement amazonien difficile. Pour la Guyane, l’enjeu est désormais de renforcer les dispositifs de proximité tout en développant la coopération avec les pays voisins pour parvenir à l’élimination du paludisme à l’horizon 2030.