Séverine Colombine obtient le feu vert pour créer le premier service de médecine nucléaire en Guyane
L’Agence Régionale de Santé (ARS Guyane) a validé le dossier porté par Séverine Colombine, manipulatrice en imagerie médicale nucléaire actuellement en poste en Guadeloupe. Une avancée majeure pour la Guyane, où les patients doivent encore se rendre aux Antilles ou dans l’Hexagone pour bénéficier de ce type d’examens pourtant très répandus ailleurs en France.
Une spécialité essentielle pourtant encore absente en Guyane
Utilisée notamment dans le diagnostic des cancers, des maladies cardiovasculaires ou encore des embolies pulmonaires, la médecine nucléaire est devenue un outil incontournable dans les parcours de soins modernes. Pourtant, aucun service de ce type n’existe aujourd’hui en Guyane.
La médecine nucléaire est une imagerie médicale comme la radiologie, le scanner ou l’IRM. Mais contrairement à ces autres imageries, elle réalise des images grâce à l’injection d’un produit légèrement radioactif qui va interagir dans le corps et produire des rayonnements.
Contrairement aux examens classiques qui permettent d’observer la morphologie des organes, la médecine nucléaire fournit des informations sur leur fonctionnement au niveau cellulaire ,précise Séverine Colombine :
« On obtient des informations sur la manière dont les cellules fonctionnent. En fonction de cette activité, on peut établir un diagnostic. C’est une approche complètement différente des autres techniques d’imagerie »
Le déclic : « Pourquoi ça n’existe pas chez moi ? »
L’idée de développer cette activité en Guyane a germé au fil de son parcours professionnel, notamment lors de son passage à l’hôpital militaire du Val-de-Grâce.
« Pendant mes années à l’armée, au Val-de-Grâce, je me suis dit : “mais ça n’existe pas chez moi. Pourquoi ?” Certes c’est très réglementé, très fastidieux, mais c’est possible. »
En observant les combats menés par la Guadeloupe et la Martinique pour développer leurs propres infrastructures de médecine nucléaire, elle réalise que la Guyane peut elle aussi relever ce défi :
« Je me suis dit : pourquoi attendre ? En Guyane, on dit souvent qu’il n’y a rien. Mais en fait, on attend que quelqu’un le fasse. C’est là que je me suis dit : je peux le faire. »
Une réflexion qui l’amène à se documenter, à rencontrer des spécialistes et à bâtir progressivement un projet devenu aujourd’hui une réalité administrative.
Un levier pour attirer de nouvelles spécialités médicales
Au-delà de l’accès aux examens, la création d’un service de médecine nucléaire pourrait contribuer à renforcer l’attractivité médicale de la Guyane. Depuis plusieurs années, Séverine Colombine multiplie les échanges avec les institutions et les élus afin de sensibiliser les décideurs à l’importance de cette discipline.
« C’est un service qu’il est important d’avoir. C’est indispensable. Ce n’est plus possible d’attendre. » Selon elle, certaines spécialités peinent à s’implanter durablement sans cet outil diagnostique :
« Un oncologue qui n’a pas d’outils à proximité va vous dire : “je n’ai pas ma place ici”. La médecine nucléaire va donc permettre de faire venir davantage de spécialistes et d’améliorer considérablement la prise en charge des patients. »
Pour mener à bien le projet, elle s’est entourée d’une équipe composée de médecins nucléaires, cardiologues et chirurgiens. Séverine Colombine espère que ce nouveau service suscitera des vocations chez les jeunes guyanais. « On est capables de le faire. Ce serait un véritable gain d’autonomie pour la Guyane. », ajoute-t-elle.
Avec la validation du dossier par l’ARS, tant attendue par la spécialiste, une étape décisive vient d’être franchie. Reste désormais à concrétiser l’installation des équipements et à finaliser les derniers aspects opérationnels. Séverine Colombine espère voir le premier service de médecine nucléaire de Guyane entrer en fonctionnement dans un délai d’environ un an.